Un plan de sauvegarde de l’emploi ne se limite jamais à une réorganisation juridique ou économique.
Même lorsque les procédures sont maîtrisées, les effets relationnels et émotionnels d’un PSE peuvent fragiliser durablement les collectifs de travail.
Tensions entre collègues, défiance envers la hiérarchie, perte de sens, sentiment d’injustice : autant de phénomènes qui, s’ils ne sont pas pris en compte, compromettent la capacité de l’entreprise à repartir.
Ce que le PSE laisse derrière lui : un climat relationnel fragilisé
Après un PSE, les équipes doivent continuer à travailler ensemble… mais plus rien n’est tout à fait comme avant.
On observe fréquemment :
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des salariés qui ont le sentiment d’avoir « trop donné » à l’entreprise ;
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une colère diffuse, parfois dirigée vers la direction, parfois vers les RH, parfois vers les collègues ;
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des comparaisons permanentes entre ceux qui sont partis et ceux qui sont restés ;
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une difficulté à se projeter collectivement dans l’avenir.
Ces réactions ne sont pas pathologiques. Elles traduisent le fait que la relation entre l’entreprise et les salariés a été profondément modifiée.
Pourquoi les tensions se déplacent souvent… entre collègues
Dans un contexte de PSE, il est rare que la colère puisse s’exprimer frontalement envers l’employeur.
Les procédures sont closes, les décisions actées, et les recours parfois longs ou incertains.
Résultat : les tensions se déplacent.
Elles peuvent viser :
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un autre service jugé « privilégié » ;
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un manager intermédiaire ;
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les RH, souvent perçues comme porteuses des mauvaises nouvelles ;
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ou encore des collègues, accusés implicitement d’avoir été moins solidaires.
Ces mécanismes de déplacement sont classiques dans les situations de crise collective.
Ils permettent de donner une forme à la colère… mais au prix d’une dégradation du climat de travail.
Le piège : croire que le temps suffira à réparer
Beaucoup d’organisations font le pari que « le plus dur est passé » une fois le PSE terminé.
Elles misent alors sur le temps, la charge de travail ou les nouveaux projets pour tourner la page.
En pratique, ce qui n’est pas élaboré relationnellement continue à produire des effets, parfois pendant des années :
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repli sur soi ;
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baisse de la coopération ;
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cynisme ;
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désengagement silencieux ;
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conflits larvés.
Autrement dit : on peut avoir un PSE juridiquement clos, mais émotionnellement ouvert.
Remobiliser après un PSE : agir sur le collectif, pas seulement sur l’individuel
Les dispositifs post-PSE se concentrent souvent sur l’accompagnement individuel (cellules d’écoute, coaching, accompagnement à la mobilité).
Ces mesures sont utiles, mais insuffisantes si elles restent les seules réponses.
Pour remobiliser les équipes, il est essentiel de travailler aussi :
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sur ce que les salariés ont perdu (repères, collègues, identité professionnelle) ;
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sur ce qui ne reviendra pas ;
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sur ce qui peut être reconstruit collectivement.
Cela suppose de créer des espaces où la parole sur le vécu du PSE est possible, sans chercher à convaincre, rassurer ou normaliser trop vite.
Restaurer les relations : quelques leviers concrets
Sans entrer dans des dispositifs lourds, certaines pratiques peuvent faire une réelle différence :
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Reconnaître explicitement que l’entreprise n’est plus la même
Faire comme si « rien n’avait changé » accentue le décalage entre discours et vécu. -
Organiser des temps collectifs cadrés, distincts des réunions opérationnelles, pour parler de la période traversée et de ses effets sur le travail.
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Clarifier les attentes pour la suite
Ce qui est attendu, ce qui ne l’est plus, ce qui est renégociable. -
Accepter la coexistence d’émotions contradictoires
Soulagement d’avoir conservé son poste, culpabilité, colère, tristesse… Ces émotions peuvent cohabiter sans devoir être tranchées.
L’objectif n’est pas de “faire le deuil” au sens psychologique strict, mais de permettre un passage, un avant et un après clairement identifiés.
En conclusion
Un PSE laisse rarement les collectifs indemnes.
La remobilisation ne repose pas uniquement sur des plans d’action ou des discours managériaux, mais sur la capacité de l’organisation à reconnaître ce qui s’est joué sur le plan relationnel.
Prendre soin du collectif après un plan social, ce n’est pas rouvrir le passé :
c’est éviter qu’il continue à peser sur l’avenir.
Lorsque les tensions persistent après un PSE, un regard extérieur peut aider à comprendre ce qui se joue et à restaurer un fonctionnement plus apaisé.
👉 Si vous êtes concerné, vous pouvez me contacter pour en discuter.