C’est souvent un secret de polichinelle : des signes visibles, des maladresses répétées, une inquiétude diffuse… et pourtant, personne n’ose intervenir.
Par peur de stigmatiser, de mal faire, ou simplement parce que les mots manquent.
Aborder un collaborateur présentant une dépendance à l’alcool est une situation délicate, mais ne rien faire expose à des risques humains, organisationnels et juridiques. L’enjeu n’est pas de poser un diagnostic, mais d’ouvrir un espace de dialogue professionnel, protecteur et responsable.
📊 Quelques repères chiffrés
Selon une étude de l’INRS, 56 % des médecins, infirmiers et psychologues du travail estiment à 8,6 % la proportion de salariés en difficulté avec l’alcool (2021).
Par ailleurs, 15 à 20 % des accidents du travail, et jusqu’à 45 % des accidents mortels, seraient liés à la consommation d’alcool ou de substances psychoactives (OFDT, 2019).
Certains facteurs professionnels augmentent les risques :
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stress chronique ;
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faible autonomie décisionnelle ;
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horaires atypiques (nuit, 3×8) ;
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secteurs exposés (transport, BTP) ;
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cultures d’entreprise associant alcool et convivialité.
L’origine peut bien sûr être personnelle. Mais la frontière « pro / perso » ne justifie pas l’inaction lorsque la situation impacte le travail et la sécurité.
Aborder la personne : poser un cadre sécurisant
1. Choisir le bon interlocuteur
Privilégiez une personne :
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dépositaire de l’autorité de l’entreprise (manager, RH) ;
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connaissant le salarié ;
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entretenant une relation professionnelle saine.
En cas de conflit préalable ou de proximité affective, mieux vaut désigner un tiers.
2. Se préparer (sans sur-interpréter)
Rassemblez uniquement des faits observables en situation de travail.
Quelques notes suffisent. L’objectif n’est pas d’argumenter, mais d’être clair.
3. Choisir un cadre adapté
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lieu calme, sans témoins ;
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moment où la personne est sobre ;
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temps suffisant, sans pression.
Entrer dans le sujet sans détour (et sans accusation)
Annoncez explicitement l’intention : parler du travail, pas juger la personne.
Exemples de formulations à s’approprier :
« Je vais être direct avec toi. J’ai observé des situations où l’alcool semble avoir un impact sur ton travail. Mon objectif n’est pas de te juger, mais de comprendre ce qui se passe et de voir comment on peut agir ensemble. »
« Je souhaite te parler d’un sujet délicat. À plusieurs reprises, j’ai constaté que tu n’étais pas en état d’assurer ton poste en toute sécurité. Je suis inquiet pour toi et pour les autres. »
« J’ai remarqué des changements dans ton comportement au travail, notamment des situations où tu semblais sous l’emprise de l’alcool. Je préfère en parler plutôt que de laisser la situation s’aggraver. »
Laisser une vraie place à la parole
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Posez des questions ouvertes.
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Laissez des silences.
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Montrez que vous écoutez sans chercher à résoudre immédiatement.
Si la personne minimise ou nie
Cela ne signifie pas qu’elle est de mauvaise foi. Répétez calmement les faits, sans insister.
Proposez un nouveau rendez-vous sous quelques jours (hors urgence).
Rappelez la confidentialité et le respect du cadre.
Si la détresse est manifeste
Ralentissez. Remerciez la personne pour sa confiance.
Proposez de reprendre l’échange sous 24 à 48 h.
L’objectif est de contenir, pas de forcer.
⚠️ À éviter absolument
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Employer des étiquettes (« alcoolique », « addict »).
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Moraliser ou reprocher.
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Se poser en thérapeute.
Ces postures ferment le dialogue et fragilisent tout accompagnement ultérieur.
En conclusion
Avant toute décision ou mesure d’accompagnement, la qualité de l’entrée en relation est déterminante.
Créer un espace de parole respectueux, factuel et sécurisé est la première pierre d’une démarche responsable.
Aborder un collaborateur dépendant à l’alcool, ce n’est ni diagnostiquer, ni sanctionner :
👉 c’est assumer une responsabilité professionnelle, au service de la personne, du collectif et de la sécurité.
Ressources
INRS. (2021). Enquête sur les pratiques addictives en entreprise : Quelles évolutions et comment agir ? Paris, France : Institut national de recherche et de sécurité. Repéré à https://www.inrs.fr/header/presse/cp-enquete-pratiques-addictives-entreprise.html
Observatoire français des drogues et des tendances addictives. (2025). Drogues et addictions : Chiffres clés 2025. Paris, France : OFDT. Repéré à https://www.ofdt.fr/publication/2025/drogues-et-addictions-chiffres-cles-2025-2474
INRS. (s. d.). Addictions au travail : Ce qu’il faut retenir. Paris, France : Institut national de recherche et de sécurité. Repéré à https://www.inrs.fr/risques/addictions/ce-qu-il-faut-retenir.html
Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail. (s. d.). Prévenir les conduites addictives en milieu professionnel. Lyon, France : ANACT. Repéré à https://www.anact.fr/prevenir-les-conduites-addictives-en-milieu-professionnel