Les retours d’arrêt maladie de plus de 30 jours font généralement l’objet d’un processus formalisé du côté de la médecine du travail et des ressources humaines. En revanche, l’accompagnement de la reprise au sein de l’équipe est plus rarement anticipé, alors même que le manager et les collaborateurs ont dû pallier l’absence sur les plans opérationnel et relationnel.
Dans ce contexte, le manager joue un rôle clé de facilitateur de la reprise, afin de contenir les appréhensions, prévenir les tensions et sécuriser durablement le retour du collaborateur.
Gérer la reprise du contact
Lorsque la date de retour est connue, le manager prend contact avec le collaborateur en amont afin de préparer sa première journée. Cet échange permet notamment de :
-
lui transmettre les principales actualités de l’équipe et de l’organisation ;
-
lui demander s’il souhaite que des éléments concernant son absence soient partagés, et dans quelle mesure ;
-
clarifier s’il préfère communiquer lui-même auprès de ses collègues, en collectif ou dans des échanges informels.
En parallèle, le manager se rapproche de l’équipe afin de préparer l’accueil du collaborateur :
-
recueillir les éventuelles appréhensions (ne pas savoir quoi dire, craindre de poser des questions inappropriées, etc.) ;
-
expliquer les grandes étapes du processus de réintégration ;
-
envisager, le cas échéant, un geste de bienvenue.
Après le retour effectif, des points réguliers sont organisés avec le collaborateur. Dans l’idéal, leur fréquence est définie conjointement afin de sécuriser la reprise sans la surcharger.
Gérer la reprise d’activité
Quelle que soit la durée ou le motif de l’arrêt maladie, l’équipe s’est toujours adaptée à l’absence, parfois dans l’urgence, parfois de manière plus structurée. Au moment du retour, certains collaborateurs seront soulagés de « rendre la main », tandis que d’autres pourront éprouver une frustration à l’idée d’abandonner certaines missions.
Dans un premier temps, le manager gagnera à mener des échanges individuels pour recueillir les perceptions :
Auprès des collègues ayant compensé l’absence
-
Comment as-tu vécu l’arrêt de X ?
-
Te sens-tu soulagé par son retour ou anticipes-tu certaines difficultés ?
-
Y a-t-il des tâches que tu aurais aimé conserver ?
Auprès de la personne qui reprend
-
Comment envisages-tu ta reprise ?
-
Te sens-tu pleinement à l’aise pour reprendre l’ensemble de tes missions ?
-
Y a-t-il des tâches que tu préfèrerais reprendre progressivement ?
Arbitrer collectivement lorsque c’est nécessaire
Si un point sensible est identifié, deux options s’offrent au manager :
-
Repenser la répartition des tâches, puis en informer l’équipe (de préférence d’abord individuellement, puis collectivement) ;
-
Organiser une réunion collective de décision, avec l’accord explicite de la personne qui revient d’arrêt.
En cas de réticence ou de refus, il est recommandé de :
-
questionner les motifs de cette opposition ;
-
expliciter les raisons de la proposition ;
-
rechercher ensemble une solution minimale permettant d’avancer sans exposer inutilement les personnes.
Lorsque la réunion collective est acceptée, un temps suffisant doit être prévu. Le manager peut structurer l’échange autour d’un tableau d’analyse des risques :
| Solutions envisagées | Risques pour la personne | Risques pour l’équipe | Risques pour l’activité |
|---|---|---|---|
| Solution 1 | |||
| Solution 2 |
L’objectif n’est pas de comparer avantages et inconvénients, mais d’anticiper les risques à moyen et long terme, afin d’éviter une reprise trop rapide qui exposerait à un nouvel arrêt.
Des indicateurs de suivi sont ensuite définis (charge de travail perçue, durée d’adaptation, réévaluation à échéance donnée, etc.).
Conclusion
S’il peut être tentant de « rattraper le temps perdu », les économies de court terme impliquent souvent des risques à long terme. Les non-dits, qu’ils concernent les aspects humains (motif de l’arrêt, accueil) ou opérationnels (répartition des tâches), génèrent une pression silencieuse sur les individus et les relations de travail.
Le rôle du manager consiste précisément à canaliser cette pression, afin de permettre une reprise respectueuse, durable et compatible avec l’équilibre du collectif.