Zoom fatigue : les effets de la visioconférence sur le cerveau, l’attention et la communication

Devenue indispensable lors des confinements, la visioconférence s’est durablement installée dans les pratiques professionnelles. Elle permet de réaliser des économies substantielles — temps de transport, frais de déplacement — et facilite la coordination à distance.

Mais ce passage de la communication en trois dimensions à un échange en deux dimensions n’est pas sans conséquences pour notre cerveau.

L’étrangeté des regards en visioconférence

Lorsque l’une des dimensions de la communication non verbale est contrainte, nous compensons spontanément par une autre.
Dans un ascenseur, par exemple, la promiscuité conduit à éviter le regard direct.

En visioconférence, c’est l’inverse : chacun fixe l’écran en permanence.
Or, la fixité prolongée du regard induit une activation physiologique susceptible d’augmenter le stress, en particulier chez les personnes déjà mal à l’aise dans les interactions sociales.

La situation est en outre profondément insolite :

  • dans une réunion en présentiel, le regard se dirige vers la personne qui parle ;

  • en visioconférence, tous les participants semblent nous regarder en permanence, même lorsque nous ne nous exprimons pas.

À cela s’ajoute un paradoxe perceptif : nous regardons l’écran, pas la caméra.
Cette absence de véritable contact visuel est perçue inconsciemment par le cerveau et altère la mémorisation et la qualité de la communication.

La focalisation sur sa propre image

La plupart des outils de visioconférence affichent en permanence notre propre image.
Ce dispositif favorise une auto-focalisation inhabituelle, qui accroît la désirabilité sociale — le souhait d’être perçu favorablement.

Cela se traduit par :

  • des sourires plus fréquents ;

  • des hochements de tête prolongés ;

  • un contrôle accru de son attitude.

Mais cet effort constant pour maîtriser son image peut générer une anxiété sociale, avec une sensibilité accrue chez les femmes, comme le montrent plusieurs études.

Une compensation coûteuse des pertes d’information

Malgré les progrès techniques, la visioconférence induit :

  • une désynchronisation entre son et image ;

  • un nombre d’images par seconde parfois insuffisant.

Ces contraintes entraînent :

  • une diminution de la lecture labiale, habituellement mobilisée pour comprendre rapidement un message et désamorcer les malentendus ;

  • une dégradation des indices de communication non verbale, perturbant l’action des neurones miroirs impliqués dans la compréhension émotionnelle.

Autrement dit, la visioconférence bloque des processus cognitifs fondamentaux au service de la communication interpersonnelle.

Le cerveau doit alors fournir un effort supplémentaire pour décoder ce qu’il perçoit : c’est ce que l’on appelle une surcharge cognitive.

Soutenir l’attention dans des conditions artificielles

Dans ces conditions, la prise de parole devient moins fluide.
Les visioconférences sont ponctuées :

  • de silences gênants ;

  • de chevauchements de voix ;

  • de brouhahas désagréables.

À contenu égal, les réunions à distance sont en moyenne plus longues que les réunions en présentiel, ce qui altère les capacités de concentration.

Par ailleurs, nous avons tendance à exiger de nous-mêmes une attention constante pendant ces réunions.
Cette injonction crée une dissonance cognitive entre ce que nous ressentons (fatigue, dispersion) et ce que nous donnons à voir (attention soutenue), générant fatigue et culpabilité.

Recommandations pour limiter la fatigue liée à la visioconférence

  • désactiver l’affichage de sa propre image ;
  • limiter la durée des visioconférences à 45 minutes ;
  • instaurer des pauses pour les réunions plus longues ;
  • espacer les réunions dans la journée ;
  • se permettre de détourner régulièrement le regard et de regarder au loin.

Conclusion

La visioconférence n’est pas seulement un progrès technique : comme toute innovation, elle implique aussi des pertes.

De la même manière que l’avion permet de se déplacer plus vite au prix de la perte d’un certain rapport au trajet, la visioconférence élargit la portée de nos communications tout en contraignant le fonctionnement naturel de notre cerveau.

En attendant une hypothétique adaptation biologique aux technologies numériques, il nous appartient de trouver un équilibre entre les possibilités offertes par ces outils et la préservation de la santé cognitive et psychologique des personnes.


Ressources

Articles scientifiques

Bailenson, J. (2021). Nonverbal overload: A theoretical argument for the causes of Zoom fatigue.. Technology, Mind, and Behaviorhttps://doi.org/10.1037/tmb0000030.

Bennett, A., Campion, E., Keeler, K., & Keener, S. (2021). Videoconference fatigue? Exploring changes in fatigue after videoconference meetings during COVID-19.. The Journal of applied psychology, 106 3, 330-344 . https://doi.org/10.1037/apl0000906.

Fauville, G., Luo, M., Queiroz, A., Bailenson, J., & Hancock, J. (2021). Zoom Exhaustion & Fatigue Scale. SSRN Electronic Journalhttps://doi.org/10.2139/ssrn.3786329.
Fullwood, C., & Doherty-Sneddon, G. (2006). Effect of gazing at the camera during a video link on recall.. Applied ergonomics, 37 2, 167-75 . https://doi.org/10.1016/j.apergo.2005.05.003.
Takac, M., Collett, J., Blom, K., Conduit, R., Rehm, I., & De Foe, A. (2019). Public speaking anxiety decreases within repeated virtual reality training sessions. PLoS ONE, 14. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0216288.

Ouvrages

Hall, E. T. (1966). The hidden dimension, Doubleday.
Hawkins, J & Blakeslee, S. (2004). On intelligence, Time book.

Plus d'articles: