Quels sont les effet du burnout sur le cerveau ?

Il est aujourd’hui possible de faire reconnaître le syndrome d’épuisement professionnel comme une maladie professionnelle. Le burnout est également reconnu par l’Organisation mondiale de la santé dans la 11ᵉ révision de la Classification Internationale des Maladies (CIM-11), entrée en vigueur en janvier 2022.

Les progrès récents en imagerie cérébrale permettent désormais de mieux comprendre les effets du burnout sur le fonctionnement du cerveau, et d’en préciser les mécanismes neurobiologiques.

Une pathologie étroitement liée au stress

Les chercheurs se sont intéressés à la manière dont l’organisme des personnes en épuisement professionnel régule la sécrétion du cortisol, hormone centrale de la réponse au stress.

On sait que les individus touchés par un burnout présentent en moyenne un taux de cortisol sanguin plus élevé que les sujets en bonne santé. Toutefois, ce marqueur biologique ne permet pas, à lui seul, de différencier le burnout d’autres troubles psychiques tels que la dépression ou le stress post-traumatique. Sur le plan médical, cette donnée reste donc insuffisante pour établir un diagnostic différentiel fiable.

Des altérations de la régulation émotionnelle

L’épuisement émotionnel constitue l’un des symptômes centraux du burnout. Les neurosciences permettent aujourd’hui d’en observer les corrélats cérébraux.

En mesurant l’activité électrique cérébrale par électroencéphalogramme, l’équipe de Golonka a mis en évidence une diminution de la réponse cérébrale aux stimuli émotionnels, notamment lors de la présentation de visages exprimant différentes émotions.

Certaines caractéristiques fines des potentiels électriques suggèrent que cette moindre capacité à traiter les informations émotionnelles pourrait constituer un marqueur neurophysiologique spécifique du burnout, permettant de le distinguer de la dépression.

Les chercheurs ont également observé que les personnes en épuisement professionnel traitent plus rapidement les informations émotionnellement négatives que celles à valence positive. Ce biais de traitement pourrait contribuer à une perception durablement défavorable de l’environnement de travail.

Par ailleurs, grâce à l’imagerie cérébrale, l’équipe de Golkar a mis en évidence une difficulté marquée à réguler les émotions négatives (tristesse, peur, colère) et les réponses physiologiques associées. Ces troubles seraient liés à un « découplage » entre l’amygdale et certaines régions du cortex impliquées dans la régulation émotionnelle.

Les chercheurs ont également constaté que les personnes ayant vécu des épisodes de burnout présentent une amygdale plus développée, avec un nombre accru de connexions neuronales entre les régions cérébrales associées au stress.

L’ensemble de ces travaux montre que le traitement des informations émotionnelles est profondément altéré chez les personnes en épuisement professionnel, renforçant l’hypothèse d’un cercle vicieux biologique augmentant la vulnérabilité au stress émotionnel.

Des atteintes des fonctions cognitives

Les effets du burnout ne se limitent pas à la sphère émotionnelle. Des altérations cognitives mesurables ont également été mises en évidence.

Au cours de recherches successives, l’équipe de Sokka a comparé les performances cognitives de personnes en bonne santé avec celles d’individus en épuisement professionnel.

Lors de tâches nécessitant une attention soutenue sur une longue durée, les personnes en burnout éprouvent davantage de difficultés à intégrer progressivement de nouvelles informations pertinentes pour mener à bien leur travail. Elles rencontrent également plus de difficultés lorsqu’il leur est demandé de passer rapidement d’une tâche mentale à une autre.

Ces observations traduisent une altération de la mémoire de travail et des capacités attentionnelles. Pour atteindre un niveau de performance équivalent, les personnes concernées doivent mobiliser un effort cérébral nettement supérieur.

Ces difficultés seraient liées à une détérioration des connexions entre l’amygdale et l’aire préfrontale, région impliquée dans l’attention, la prise de décision et le traitement de problèmes complexes.

Conclusion

Les travaux récents mobilisant l’imagerie cérébrale permettent de mieux comprendre les effets du burnout sur le fonctionnement émotionnel et cognitif du cerveau. Ils éclairent l’impact réel de ce trouble sur la qualité de vie des personnes concernées et renforcent la légitimité d’une prise en charge globale, à la fois psychologique, juridique et sociale.

Ces avancées scientifiques contribuent également à faciliter la reconnaissance du burnout comme trouble psychosocial par les instances législatives et les organisations de travail, condition essentielle pour une prévention et un accompagnement efficaces.

Références

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Ressources

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